Victor Hugo et la Belgique
(Bruxelles)


  Du 16 août au 23 septembre 1837, Victor Hugo effectue pour la première fois un voyage en Belgique avec Juliette Drouet, dans ce petit pays qui n'a conquis son indépendance que sept ans auparavant, et avec lequel il va entamer une histoire d'amour de trente-quatre ans. Une histoire qui, comme c'est souvent le cas dans ce genre d'aventures, va mal se terminer.
Après avoir admiré Mons, il se rend à Bruxelles et s'extasie devant le spectacle de la Grand'Place ou les vitraux de la collégiale Sainte-Gudule. Plusieurs villes vont connaître ses faveurs : Anvers qui l'émerveille, Gand, Bruges ou Ostende, ce qui ne l'empêche pas de conserver un regard critique sur les habitants et leurs habitudes. Trois ans plus tard, ce sont les villes wallonnes qui ont ses préférences : Dinant, Namur, Huy, Liège ou Verviers.
  Lettre de Victor Hugo à sa femme, Bruxelles, 18 août - Lier, 19 août. Plume et encre brune sur papier, 1837. BNF, Manuscrits, NAF 13391, fol. 107v°-108. © Bibliothèque nationale de France / Gallica
Lettre de Victor Hugo à sa femme, Bruxelles, 18 août – Lier, 19 août. Plume et encre brune sur papier, 1837. BNF, Manuscrits, NAF 13391, fol. 107v°-108.
© Bibliothèque nationale de France / Gallica

  Les événements de 1851 (le coup d'État du Deux-Décembre) poussent Hugo à choisir l'exil. Il se réfugie à Bruxelles le 12 décembre et s'installe pour sept mois sur la Grand'Place. Décidé à publier son pamphlet Napoléon le petit, il se résout à quitter la Belgique le 1er août 1852 pour s'établir dans l'île de Jersey. Peu après, il y écrit le fameux poème de L'Expiation :
Waterloo, Waterloo, Waterloo, morne plaine sans avoir jamais vu le champ de bataille. Depuis 1837, il refusait de s'y rendre, estimant que le lion était une insulte à la France.

Changement d'attitude en 1861. Hugo s'est remis aux Misérables, et pour que le récit de la bataille de Waterloo qu'il veut y insérer soit authentique, il doit examiner le terrain et les lieux des combats. Il s'installe pour deux mois à Mont-Saint-Jean, à l'hôtel des Colonnes, du 15 mai au 14 juillet. C'est là qu'il ajoute le mot " fin " au manuscrit des Misérables le 30 juin 1861, à huit heures et demie du matin.
Le livre est publié quelques mois plus tard, à Bruxelles d'abord, à Paris ensuite. Pour le remercier du succès considérable engendré par le livre, ses éditeurs, Lacroix et Verboeckhoven, organisent à Bruxelles, le 16 septembre 1862, un grand banquet où l'on retrouve des personnalités politiques, mais
  aussi des amis de Hugo, comme Nadar, Hector Malot ou Théodore de Banville. Pendant la décennie qui va suivre, Hugo revient régulièrement en Belgique. Juliette Drouet l'accompagne dans tous ses déplacements, comme d'habitude. Pour Hugo, c'est l'occasion de recherches en bibliothèques et de la rédaction de L'Homme qui rit, de la composition de poèmes, de publications et de nombreuses visites aux quatre coins du pays. Ses séjours s'étalent sur quelques jours ou plusieurs mois. Sa famille s'est établie en 1866 place des Barricades à Bruxelles. La capitale belge sera le théâtre d'événements heureux ou malheureux : mariage de son fils Charles, naissance et décès de son premier petit-fils, naissance de Georges et Jeanne, les deux autres petits-enfants, pour lesquels il écrira le recueil L'Art d'être grand-père. C'est dans la maison de la place des Barricades qu'Adèle Foucher s'éteint, le 27 août 1868. Jusqu'à la frontière, Victor Hugo est aux côtés du cercueil. Mais il est toujours en exil, il ne peut aller jusqu'à Villequier, où Adèle va rejoindre Léopoldine.

Agression contre le domicile de Victor Hugo à Bruxelles le 27 mai 1871
  Le 5 septembre 1870, il peut enfin rentrer à Paris, qu'il quitte à nouveau le 22 mars 1871 pour Bruxelles. Son fils Charles est mort peu auparavant, et Hugo doit régler sa difficile succession. Place des Barricades, où il séjourne une dernière fois, il publie une lettre ouverte et offre aux Communards en fuite l'asile politique que la Belgique leur refuse.
La nuit du 27 mai, sa maison est assiégée par des manifestants qui jettent des pierres et le menacent de mort. Le 30 mai, le roi Léopold II signe son ordre d'expulsion, directement exécutoire. Hugo quitte la Belgique le lendemain, définitivement, pour ne plus jamais y revenir. Son nouveau lieu d'accueil est Vianden, au Luxembourg. Victor Hugo aura passé en tout près de mille jours en Belgique...

Agression contre le domicile de
Victor Hugo à Bruxelles le 27 mai 1871,
Le Monde illustré, 15 juillet 1871.
Musée Victor Hugo.
© Photothèque des musées
de la ville de Paris