
| Reproduction du portrait de Léopoldine Hugo, par Charles Hugo, papier salé, 1852-53, Musée d’Orsay Réunion des Musées nationaux. |
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Rochefort-sur-Mer. Rond-point Colbert. Cartes postales de Marcel Delbois, phototypie. Le café qui porte au début du XXe siècle le nom de "Café de la Paix", s’appelait, en 1843, le " Café de l’Europe ". C’est là qu’en lisant un journal en face de Juliette Drouet, devant une bouteille de bière, Victor Hugo apprend le décès de sa fille. " Sur une espèce de grande place, nous voyons écrit en grosses lettres " Café de l’Europe ". Nous y entrons. " (Juliette Drouet, dans Choses vues, 1843) © Archives municipales de Rochefort-sur-Mer |
Victor
Hugo croyait au " retour de Léopold ", un fils aîné né le 16 juillet 1823
et décédé le 10 octobre quand Adèle
donne naissance à une fille le 28 août 1824, Léopoldine, qui sera baptisée
le 16 septembre. Sa famille l’appelle " Didine ", et très tôt, de nombreux
peintres feront son portrait tels Achille Devéria, Louis
Boulanger, Adèle
et Julie Duvidal de Montferrier. Après Blois, et les Alpes en 1825, elle profite des étés passés en famille à Bièvres dès 1831, dans la propriété des Bertin. En octobre 1832, elle entre à L’Externat des Jeunes Demoiselles, à quelques numéros de l’habitation familiale parisienne, place Royale. En janvier 1838, elle suit en externe les cours d’émulation Boblet qui entretiennent ses croyances religieuses déjà très fortes. Depuis 1834, elle reçoit les lettres que son père lui envoie au cours de tous ses voyages ; un père qui écrira bientôt sur elle, tout séduit qu’il est par ce symbole de pureté. Il lui écrit en 1837, d’Étaples près de Boulogne-sur-Mer : " J’ai cueilli pour toi cette fleur dans la dune. C’est une pensée sauvage qu’a arrosée plus d’une fois l’écume de l’océan. (…) Et puis, mon ange, j’ai tracé ton nom sur le sable : DIDI. La vague de la haute mer l’effacera cette nuit, mais ce que rien n’effacera, c’est l’amour que ton père a pour toi (…) ". De
nombreux prétendants se présentent, mais elle fait la connaissance en vacances
près du Havre de Charles Vacquerie, frère d’Auguste Vacquerie. Elle se marie avec Charles en l’Église Saint-Paul
le 15 février 1843. Ils emménagent près du Havre au domicile de la belle-famille.
Avant que Victor et Adèle Hugo les rejoignent un moment en mai, son père
écrit dès le 17 février à Juliette
Drouet : " Elle me quitte. Je suis triste,
triste de cette tristesse profonde que doit avoir, qu’a peut-être (qui le
sait ?) le rosier au moment où la main d’un passant lui cueille sa rose.
Tout à l’heure j’ai pleuré (…) ". Peu de temps après, le 4 septembre, c’est le drame : le jeune couple se noie lors d’une sortie en bateau sur la Seine, à Villequier. " M.Charles Vacquerie, habile et vigoureux nageur, plein de courage et de sang-froid, a plongé et replongé pendant plus de cinq minutes, et a été vu plusieurs fois ramenant à la surface de l’eau sa jeune femme. Mais, hélas ! ils ont fini par disparaître tous deux comme entrelacés !…(…) Et la famille Hugo quel va être son désespoir ! Quelle atroce blessure pour le cœur de la femme du poète et du poète lui-même ! (…) frappé au même endroit que naguère Lamartine (…)" lit-on dans le journal de Rouen du mercredi 6 septembre 1843. Hugo
apprend la nouvelle de ce décès le 9 septembre dans un journal à Rochefort,
sur le chemin de retour d’un voyage qu’il faisait avec Juliette Drouet en
Espagne. Il écrit le 10 septembre à Louise Bertin : "
J’ai lu. C’est ainsi que j’ai appris que la moitié de ma vie et de mon cœur
était morte (…). O mon Dieu, que vous ai-je fait ! (…) Dieu ne veut pas
qu’on ait le paradis sur la terre. Il l’a reprise. Oh ! mon pauvre ange,
dire que je ne la reverrai plus ". Il ne se rendra sur sa tombe qu’en septembre 1846. |
La place d’armes, lithographie de Lebreton, seconde moitié du XIXe siècle. Voici une image de cette petite ville, très grand siècle, qui a laissé un si horrible souvenir à Juliette Drouet. … " et comment en effet se promener dans ce lieu infect, sans ombre, et peuplé d’affreuses mouches grises dont chanque piqûre vous fait une plaie… " Choses vues, Juliette Drouet, 1843. Il est vrai qu’elle ne peut pas être bon juge de la ville où elle a appris ce grand malheur. © Archives départementales de la Charente-Maritime |
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